Blog de Cyril Etesse

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mardi 20 novembre 2007

Le 1er sale plan galère !

Quand on démarre dans ce métier, il nous arrive de devoir faire parfois des soirées d'un genre un peu inhabituel... Parce que bien sûr, l'idéal est de jouer son spectacle dans une salle sympa, avec un public si possible nombreux et (encore si possible) réceptif. Et parfois, aucun de ces derniers points n'est de mise pour la soirée. Je vous propose donc de revivre avec moi ce que nous appellerons communément : ma première soirée de merde, mon premier plan galère. Si, si, lecteur assidu, je sens que tu en as envie...

Il y a quelques années donc (oui, c'était pas hier...), je reçois un coup de téléphone d'un dénommé Mr B., dont nous dissimulerons soigneusement l'identité par relatif respect pour cette personne... (connard).
"Voilà, Mr Etesse, j'ai entendu le plus grand bien de vous, il parait que votre spectacle est très bien et blablabla... Alors voilà, j'organise un plateau d'humoristes pour une soirée exceptionnelle à Draguignan, je vous propose d'y participer."
Les plateaux d'humoristes, c'est un peu comme les festivals : c'est en général super sympa. D'abord parce qu'on retrouve des copains qu'on ne fait que croiser dans l'année, ou qu'on découvre simplement de nouveaux artistes avec lesquels on va se marrer le temps au moins de la soirée. Je demande où la soirée aura lieu : "Oh ! Dans un superbe restaurant aménagé qui comptera un peu moins de 200 places !" Bigre ! J'avais bien joué au théâtre à l'école, mais ça compte pas vraiment : là, il s'agissait d'un lieu apparament prestigieux ou j'allais devoir jouer devant un public que je ne connaissais pas. Bassement intéressé, je demande enfin les conditions, et le bonhomme de me proposer un cachet mirobolant (je ne sais même plus combien, mais c'était une jolie somme. On était en francs à l'époque) pour jouer 3 ou 4 sketchs. Je donne donc mon accord sans hésiter. Etre bien payé pour jouer des extraits de mon répertoire dans une grande salle, c'aurait été bête de ne pas le faire.

Le jour J, me v'là en route. Je trépigne, j'ai selectionné mes sketchs (je me demande même avec le recul si pour certains d'entre eux, je les avais déjà joué en public). Je jouerais "Docteur Freud", "Spiderman", "Place réservée" et sans doute un autre que j'ai oublié... C'était une de mes premières propositions de participation à une soirée de ce type, j'étais plutôt fier.
On tourne, on tourne. Soudain, les amis avec qui j'étais me disent "tiens, c'est pas ça, ton resto ?" ...Je tourne la tête, je regarde la pancarte, je regarde le papier où j'ai noté les infos..... Le doute parait peu possible, ça doit bien être là. Vu de l'extérieur, ça ne paie pas de mine : une malheureuse pizzeria, avec quelques affiches de spectacle mal placardées autour de la porte...
Quand j'ai vu l'intérieur, comment dire... J'ai dû avoir cette expression qu'ont certains personnages de dessins animés japonais : j'ai dû devenir minuscule avec une énorme goutte de sueur derrière la tête. En fait de 200 places, il devait y avoir... allez ! Soyons gourmands ! Au moins 15 tables ! A ces tables, quelques clients (oui, tu as bien déduit, lecteur assidu : certaines tables étaient donc vides !). Là je vais voir le proprio et je demande où est Mr B.... Apparament, il n'est pas là, il aura du retard, mais tout est prévu.
Bêtement, je demande où est la scène (l'endroit où on va jouer, quoi !) et où on peut se changer. Le mec me regarde étonné, pointe le doigt derrière moi et ajoute un : "Ben, là !" ...Je me retourne et je tombe dans la 4eme dimension. La scène est mémorable : 4 caisses à champagne, jointes les unes aux autres, formant une espèce d'estrade carrée. Une fois dessus, tu dois pouvoir faire quelque chose comme un pas avant de te casser la gueule. A leurs côtés, un (un seul !) rideau qui pend comme il peut. Derrière moi, une régie pour lancer un CD ou de la musique, et à quelques centimètres de ma figure, un spot... qui était sensé éclairer l'artiste.
Mes amis comédiens arrivés entre-temps sont catastrophés. Certains refusent de jouer. Moi, je me dis qu'après tout, je vais être bien payé, et puis quand même, des amis sont venus avec moi exprès, donc en avant.
Arrive donc mon tour de jouer et je monte sur ma scène de fortune. Je n'ai pas spécialement un gros cul. Je suis plutôt comme qui dirait taillé dans un baton de sucette. Malgré tout, je dépasse largement du rideau sensé me cacher pendant que je change de costume entre deux sketchs. Je joue. Il doit y avoir 3 tables qui m'écoutent, dont une avec quelques jeunes qui ont l'air de bien aimer. Cool. Pendant ma représentation, une table s'écrie bien fort au serveur : "un peu d'eau s'il vous plait". D'autres, qui ont fini bruyamment leur pizza, se lèvent avant la fin. Bonheur total...
La soirée finie, je prends mes affaires. Pas de Mr B... Je demande alors au patron de la pizzeria comment ça va se passer pour le règlement. Il me rétorque que c'est bizarre que Mr B ne soit pas venu et qu'il va le contacter... et qu'il me rappelera.
Je repars avec mes potes, je claque la bise à mes copains comédiens (enfin pour ceux qui sont restés et ont joué lol) et je me dis qu'on ne m'y reprendra plus... Et je me demande naïvement jusqu'à quel point le Mr B et cette pizzeria délabrée (existe-t-elle toujours ? Le service d'hygiène s'en est peut-être occupé depuis...) n'étaient pas de mèche.

Ah oui ! C'est arrivé en 1999 ou 2000 cette histoire, je ne sais plus exactement. Et j'attends toujours mon chèque aujourd'hui. Mr B, si tu me lis, essaie d'y penser, tu seras bien brave, coco ! ;)

samedi 3 novembre 2007

Fabulouzes retrouvailles

Il y a quelques semaines, je participais à l'anniversaire du Festival de Cabasse, un festival d'humour auquel j'avais participé et dont j'avais gagné le concours avec le prix du jury. L'ambiance était sympathique et conviviale (on est toujours bien reçu à Cabasse) et l'équipe vraiment adorable (encore mille mercis à Jean-Paul et Anne qui ont été extras).
Mais au-delà de tout ça, outre également le grand plaisir que j'ai eu à (re)croiser l'excellent imitateur Patrick Adler (adorable au passage, courez voir son spectacle à Paris qu'il joue jusqu'à début Février au sentier des halles), j'ai pu retrouver des amis qui ont été particulièrement importants pour moi dans mon parcours.
D'abord Sandy (qui s'occupait là de la régie du spectacle de Patrick). Sandy est aujourd'hui régisseuse au café-théâtre de la "Fontaine d'argent" à Aix en Provence, et a tenu pendant quelques années le café-théâtre "la Comédia" avec Adam Cuffez (au Cannet, à côté de Cannes). La Comédia, c'est le lieu où je me suis le plus produit, et Sandy et Adam sont ceux qui m'ont fait le plus travailler. C'est des soirées de rires et de franche amitié... Il y aurait tellement à dire, c'est inoubliable. Fichtre que ça m'a fait plaisir de la revoir, on ne s'était plus recroisés depuis qu'elle a du vendre la Comédia (les alléas de la vie........)
L'autre gros plaisir, c'est d'avoir revu à Cabasse un grand ami, le génial José Martin's ! Alors José, c'est tout une histoire, un poème. Il a du voir mon spectacle des dizaines de fois, il m'a charrié je ne sais combien de fois en m'imitant en train de faire Laspalès dans le rôle du spermatozoïde dans un de mes sketchs, ou lorsque je faisais Eddy Mitchell. Il peut te sortir les plus belles phrases de la Terre comme les pires horreurs la seconde d'après... mais tu es toujours tordu de rire !
Et José, c'est aussi de grands souvenirs à la Comédia, justement, puisqu'on avait créé ensemble la troupe des Fabulouzes...

Les Fabulouzes, c'était un spectacle différent chaque mois ! On se voyait avec José, les Atrophiés, Erik BW, Dani'L et Téo, et on écrivait et répétait des sketches qu'on ne jouerait qu'une unique fois à la Comédia chaque fin de mois. C'était bondé à chaque représentation et c'est un super souvenir. José, c'est un pote fantastique. Il déconne, il raconte des histoires géniales et on ne sait jamais trop si il te dit une connerie ou s'il te raconte la vérité. Il a un charisme fou et le coeur sur la main et il sait provoquer des situations inoubliables.
Pour les Fabulouzes, je logeais chez lui à Cannes. C'était folklo : Un matin, la femme de ménage faisait les étages et je ne sais plus pour quelle raison, ce matin-là, elle avait sonné à la porte de José. Moi, j'étais la tête en pétard, naze de m'être couché à pas d'heure la veille, en caleçon et torse nu; je passe et je dis bonjour à la dame... et ce couillon de José de me dire bien fort : "Attends mon chéri, je finis avec madame et je reviens tout de suite !!"..........
Grand moment de solitude, ça faisait tout à fait le mec d'âge mûr qui se tape le petit jeune. Fou rire bien sûr, mais sur le coup, je me suis dit "Rhooo mais quel con" lol. C'est ça José ! Et là-dessus, j'entends encore son rire fantastique une fois la porte refermée... et je reverrai toujours la gueule de la femme de ménage lol.
José ! I love you ^^ Si il passe près de chez vous en spectacle, allez le voir par pitié !