Blog de Cyril Etesse

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dimanche 20 juin 2010

Baki the grappler


Il y a peu, j'ai passé avec succès un casting pour participer au doublage d'un dessin animé japonais, Grappler Baki. Plutôt content parce qu'outre le fait que la Japanimation fait partie de mes passions, ça faisait longtemps que j'avais envie de doubler quelque chose, d'autant qu'il y a quelques années, j'avais fait des essais pour un autre animé qui avaient été plutôt convaincants.
Le doublage est une technique difficile. Il faut lire la bande qui défile sous l'image et jouer en même temps les émotions et actions. Et c'est vraiment un coup à prendre. Alors étant passionné de DA mais aussi de doublage (et on ne peut pas dire qu'en matière de comédiens et de VF de qualité, ma génération ait été lésée dans les années 70/80), inutile de dire que prêter ma voix à une telle série m'enthousiasmait.
Pour ceux qui auraient connu la violence de certains dessins animés comme l'excellentissime Ken le survivant ou autre, oubliez. Grappler Baki, à l'image du manga, est lui hyper violent. L'histoire met en scène un jeune garçon qui veut être de plus en plus fort et devient un champion d'ultimate fight. Ça cogne, ça mord, ça ne fait pas de politesse, et ici, pas de superpouvoirs à la DBZ ou autres actions improbables, même si les luttes ne sont pas à proprement parler toujours très crédibles ! Toujours est-il qu'il y a une telle variété de personnages et de styles de combat que la série est vraiment fun, pour peu qu'on aime la castagne sans chichi.
Dans la série, je double Kaoru Hanayama, un chef de yakusa d'une quinzaine d'années (!), expert en combat et qui est au début le principal adversaire du jeune héros, Baki. Le personnage ne parle pas énormément en fait, mais est plutôt fun à faire parce que beaucoup de choses passent dans ses accès de colère, ses frustrations et ses montées en puissance. Du coup, ça a été assez éprouvant parce qu'il a fallu crier et hurler pendant une bonne partie du doublage. Et pas question de le faire dans le style de ce qu'on pouvait entendre dans certaines séries des années Club Dorothée (avec tout le respect que je dois aux voix françaises de l'époque)... donc pas de grands "yaaaaaa !", "meuuuurs" un peu ridicules et datés pour ma part, mais il a un peu fallu y aller. Surtout que comme la série sera aussi dispo en VOST sur les DVD, la comparaison avec l'excellence des prestations japonaises dans ce type de scène est inévitable et à défaut d'égaler, il faut essayer d'être crédible et à la hauteur.
Les budgets étant ce qu'ils sont aujourd'hui, il n'y a hélas pas pu y avoir pléthore d'autres comédiens. Du coup, on s'est un peu partagé les rôles. Enfin on nous a partagé les rôles, les comédiens ne se voyant que rarement en fait, du fait du rythme de doublage et des disponibilités des uns ou des autres.
Outre Hanayama, j'ai aussi doublé un prof d'arts martiaux (on a d'ailleurs un peu modifié ma voix pour qu'elle soit plus lente et en accord avec la prestance du bonhomme), un militaire parmi les 5 terreurs qui affrontent Baki dans la jungle, un personnage plus vieux (Sir) et quelques voix additionnelles ici ou là. Je peux garantir que ce fut vraiment fatigant (surtout les épisodes 7 et 8 et tous ceux d'intense et violente action) d'autant que j'ai vraiment essayé de faire ça bien, appréciant énormément cette série, l'animation en général, mais sachant aussi que les animefans sont plus qu'exigeants de nos jours. De plus, aimant le doublage depuis longtemps, je n'avais pas tellement envie de saccager le travail ! Cela dit, la VF, dans sa généralité, est régulièrement critiquée, aussi je m'attends à ce que celle de Grappler Baki essuie quelques revers. J'espère juste que les retours seront honnêtes, courtois et adultes...
La série sera en vente cet été sur http://www.manga-distribution.fr/ notamment.

samedi 19 juin 2010

On ne dit plus "un bide", on dit un "Jean Ferrat"...

Il y a quelques mois, je me suis vu proposer par Ghyslaine Lesept, sosie de Mado la niçoise et également responsable du café théâtre de la Porte d'Italie à Toulon, d'ouvrir pour son spectacle dans une très belle salle à Bandol, d'environ 500 places. L'idée est sympa, et je ferais dans ce contexte 10 minutes de mon spectacle, juste avant mon ami Stan, qui ferait 10 minutes du sien... et ensuite on annoncerait le spectacle de Ghyslaine...
Pour les vilains qui ne connaissent pas l'excellent STAN, qui est devenu un de mes plus grands amis dans ce drôle de métier... que dis-je... mon inséparable camarade avec lequel nous avons ri comme rarement au festival de la Villedieu du Temple (la la la laaaaaaaa !!! Mais je m'égare...), je vous renvoie à son site qui figure dans mes liens... à la rubrique LIENS de mon site (c'est quand même bien fait la logique et la technologie...)
Le deal est simple. On joue tous les deux notre partie, et on revient sur scène ensemble pour une petite présentation rigolote de Ghyslaine. On est dimanche après-midi, il est 15h00, la salle est pleine à craquer, notre ami humoriste Marco Paolo est venu nous voir... la journée s'annonce bonne.
Avant notre prestation, on cale deux minutes avec Stan l'impro qu'on va faire. On se dit qu'on va faire semblant de dire que le spectacle est fini après nos passages (puisque les gens ne savent pas qu'il y a une première partie et viennent pour Ghyslaine, ça pouvait être rigolo), et on se met d'accord pour dire que le public va rentrer chez lui pour voir Drucker et son hommage à Jean Ferrat, qui venait de mourir...

15h00... Un regard rapide sur le public. Que des vieux, pour ainsi dire. Enfin en tous cas, c'est clairement 3eme âge. Ben oui, on est dimanche, c'est gratuit... allez hop. J'attaque les hostilités. 10 minutes qui passent super bien, très bonnes réactions avec un public vraiment gentil. Stan enchaîne : idem, très bonnes réactions. Ce qui était bien, c'est que grâce à ça, on allait donc à priori donner une bonne image et se faire de la pub pour le spectacle dans lequel on était programmé tous les deux le week-end suivant à Toulon. Jouer dans de bonnes conditions dans une belle salle de 500 places, c'est le rêve pour ça. Applaudissements passés, je reviens sur scène pour le dernier salut avec Stan, on commence à déconner un peu tous les deux... et là... c'est le drame...



Jean Ferrat, pour toute une génération, c'est quand même pas n'importe qui. Grand monsieur de la chanson française, qui impose le respect, tout ça. On ne rigole pas de la mort d'un tel monsieur !!
Mais bon. On débute notre petite impro finale... "Bravo Monsieur Stan, vous avez été rayonnant", "Mais vous aussi Monsieur Etesse, vous m'avez ébloui"... etc etc etc. On se passe la pommade, on se félicite de nos prestations avec de grands mouvements révérencieux... devant un public qui n'a plus trop l'air de comprendre ce qui se passe... On annonce que le spectacle est fini... Il n'y a plus de rires, ou si peu.
Moi : "On va peut-être y aller maintenant, les gens ont l'air fatigués"
Stan -Oui, en plus y'a Michel Drucker là... Et c'est Jean Ferrat l'invité !
(premières clameurs outrées dans le public)
Stan - Ah mais non, je suis bête. Il est mort !
Et là, au lieu de dire tout simplement un truc du genre "ah ben il fallait bien un jour"... je dis tout naturellement : "Ah ben il était temps !!"
"Oooohhh !!!!!" doit être l'onomatopée approximative sortie par la majeure partie du public à cette phrase dont j'ai réalisé le contenu tout en la disant lol. On sort pour céder la place à Ghyslaine qui débute son spectacle dans la surprise générale, tandis que Marco nous rejoint, en pleurant de rire en coulisse...
"Vous faites une prestation formidable et vous vous êtes flingués en une seule petite malheureuse phrase de merde !!!"

Depuis, ça nous est resté, et chaque fois que nous faisons un bon mot, une vanne ou un sketch qui foire, nous disons dorénavant que nous venons de faire un "Jean Ferrat" en hommage à ce moment d'impro magique, lamentable mais tordant de rire... pour nous du moins !
POURTAAAAAAAANNNNNNT... QUE LA MONTAGNE EST BELLEEEEEEEEEEEE !!!!!